À l’occasion d’un échange avec Lydia Haan-Fleurent, fondatrice de Feeling Formation & Coaching, nous avons exploré une question centrale pour de nombreuses organisations : pourquoi la formation, pourtant largement utilisée dans les entreprises, ne produit-elle pas toujours les transformations attendues ?
Dans un contexte où les entreprises investissent de plus en plus dans le développement des compétences, la formation est souvent perçue comme une réponse évidente aux enjeux d’évolution. Pourtant, dans la pratique, former ne signifie pas nécessairement transformer.
Au Luxembourg, la formation est majoritairement pensée et déployée en intra-entreprise. Ce choix n’est pas seulement organisationnel, il est aussi culturel. Les entreprises évoluent dans des environnements particulièrement internationaux et multiculturels, où les réalités internes sont souvent très spécifiques.
Dans ce contexte, les dirigeants privilégient des dispositifs sur mesure, capables de s’adapter à leurs contraintes réglementaires, à leurs dynamiques d’équipe ou à leurs enjeux opérationnels. La formation inter-entreprises existe bien sûr, mais elle répond moins à cette exigence de personnalisation et de confidentialité.
Ce modèle traduit une volonté forte : ancrer l’apprentissage dans la réalité du terrain. Mais une question demeure : cela suffit-il à produire de véritables transformations ? La réponse est généralement non.
Une formation intra-entreprise réussie ne commence pas par un programme. Elle commence par une exploration.
Toute organisation fonctionne sur deux niveaux. D’un côté, le niveau formel : les organigrammes, les processus, les objectifs affichés. De l’autre, le niveau informel : les tensions, les jeux d’acteurs, les alliances tacites, les non-dits.
C’est souvent dans ce second niveau que se joue la réussite, ou l’échec, d’une intervention. Avant toute action, il est donc essentiel de clarifier les enjeux stratégiques réels, et pas seulement ceux qui sont formulés officiellement. Il s’agit d’identifier les tensions systémiques, de comprendre les dynamiques relationnelles et de repérer les résistances invisibles qui traversent l’organisation.
Former sans cette lecture préalable revient souvent à traiter les symptômes sans interroger les causes. La formation devient alors un exercice cosmétique, dont l’impact reste limité.
Dans l’univers de la formation et du coaching, une question revient régulièrement : faut-il avoir occupé des fonctions opérationnelles pour accompagner efficacement les organisations ?
L’expérience de terrain est précieuse. Elle permet de reconnaître certains schémas, de parler le langage des équipes, d’anticiper certaines résistances. Mais elle ne suffit pas.
La qualité d’un accompagnement ne repose ni sur l’accumulation de postes occupés, ni uniquement sur la maîtrise de modèles théoriques. Elle repose sur une capacité plus fondamentale : observer sans projeter, questionner sans juger, analyser sans simplifier et relier les éléments entre eux.
L’expérience seule peut parfois enfermer dans des lectures familières. La théorie seule peut, à l’inverse, éloigner de la réalité du terrain. C’est dans l’articulation entre les deux que se construit une lecture réellement stratégique des situations.
Beaucoup d’organisations raisonnent encore de la manière suivante :
“Nous avons identifié un besoin, nous avons mis en place une formation.”
C’est une logique d’action. Mais ce n’est pas encore une logique de transformation. Transformer suppose autre chose.
Cela implique d’abord une clarification explicite des intentions : pourquoi cette formation ? dans quel objectif organisationnel ? Cela suppose également un alignement managérial réel, sans lequel les nouvelles pratiques ne trouvent pas d’ancrage durable. Enfin, la transformation nécessite un suivi dans le temps : accompagnement, feedback, ajustements, réappropriation progressive par les équipes.
Sans ces éléments, la formation reste un événement ponctuel. Avec eux, elle peut devenir un véritable levier de transformation.
La formation intra-entreprise agit souvent comme un miroir. Elle peut mettre en lumière certaines incohérences managériales, des divergences de vision ou encore des tensions latentes au sein de l’organisation. Autant d’éléments qui ne sont pas toujours visibles au quotidien, mais qui influencent fortement la dynamique collective.
À condition, bien sûr, d’accepter de regarder ce miroir avec lucidité.
Car au fond, la transformation organisationnelle commence rarement uniquement par un programme ou une nouvelle méthode. Elle naît plutôt d’une prise de conscience collective, d’une volonté partagée de faire évoluer certaines pratiques et certaines postures.
Dans ce contexte, la formation peut devenir un véritable levier, non pas comme une solution isolée, mais comme une étape dans un processus plus large d’évolution et d’alignement des organisations. Lorsqu’elle s’inscrit dans cette dynamique, elle peut alors jouer pleinement son rôle : ouvrir des perspectives, susciter des prises de recul et accompagner les transformations qui émergent progressivement au sein des équipes.
Comment alignez-vous vos plans de formation avec la réalité de votre terrain ?
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